Lors de la célèbre mission Apollo 11 en juillet 1969, les premiers pas de l’Homme sur la Lune ont été suivis en direct par environ 600 millions de téléspectateurs. Pour éviter tout dérapage verbal devant les caméras du monde entier, la Nasa a demandé à l’équipage de surveiller étroitement son langage. Cette consigne faisait suite aux nombreux jurons prononcés quelques mois plus tôt lors du vol d’Apollo 10.
La dérive verbale de la mission Apollo 10
En mai 1969, la mission Apollo 10 faisait office de répétition générale en effectuant un survol de la Lune à seulement 15 kilomètres de sa surface. Si le vol s’est déroulé sans accroc technique majeur, la transcription officielle des échanges a révélé un vocabulaire particulièrement familier. Les astronautes Gene Cernan, John Young et Thomas Stafford ont accumulé plus de 200 grossièretés tout au long des 500 pages du registre de mission.
L’incident le plus marquant s’est produit lorsque le module lunaire Snoopy s’est mis à tournoyer de manière inattendue après le largage de son étage de descente. Pris par le stress, le pilote Gene Cernan a lâché un juron sonore retransmis en direct, ce qui l’a contraint à présenter des excuses publiques lors de la conférence de presse à son retour sur Terre. Issus des rangs militaires, les membres de l’équipage utilisaient au quotidien un langage typique de caserne.
La réaction de la Nasa face au mécontentement public
Les retransmissions en direct d’Apollo 10 avaient réuni plus d’un milliard de personnes à travers le globe, rendant ces écarts de langage très visibles. Ce vocabulaire a suscité des réactions indignées de la part de certains auditeurs. Le président du Miami Bible College a notamment adressé un courrier de protestation au président américain Richard Nixon, qualifiant le langage des astronautes de très mauvais goût.
Même si des observateurs ont défendu l’équipage en rappelant la pression extrême subie à des centaines de milliers de kilomètres de la Terre, l’agence spatiale américaine a décidé d’agir. Avec la perspective d’Apollo 11 et l’attention de 20 % de la population mondiale rivée sur l’événement, la Nasa a exigé une tenue exemplaire de la part des futurs marcheurs lunaires.
Une discipline verbale réussie pour Apollo 11
Avant leur départ, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins ont reçu l’instruction ferme de mesurer leurs propos. Malgré la complexité des manœuvres d’atterrissage sur le sol lunaire, les trois hommes ont fait preuve d’un sang-froid et d’une maîtrise de soi exemplaires durant toute la durée du vol.
Les transcriptions de la mission Apollo 11 ont confirmé le succès de cette demande de l’agence spatiale :
- Moins de 15 termes familiers ont été recensés sur toute la mission, contre plus de 200 pour Apollo 10.
- Neil Armstrong n’a prononcé aucun juron pendant toute la durée de l’expédition.
- Buzz Aldrin n’a laissé échapper qu’un seul mot familier très mineur.
- La grande majorité des rares écarts restants a été attribuée au pilote du module de commande Michael Collins.
Cette retenue est restée de rigueur lors des missions suivantes. Bien que quelques moments d’inattention aient subsisté par la suite, comme le micro resté ouvert de John Young pestant contre son jus d’orange sur Apollo 16, l’image de calme et de professionnalisme de la conquête spatiale est demeurée préservée.