Accusé par Jordan Bardella de diffuser de faux documents, le journal d’investigation Mediapart a détaillé la méthode utilisée pour vérifier les messages privés attribués au président du Rassemblement national. Pour attester de l’authenticité de ces conversations datant de 2013, la rédaction s’est appuyée sur le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et sur le système d’archivage automatique de la plateforme Meta.
Une archive Meta extraite en vertu du RGPD
Pour répondre aux accusations de montage ou de captures d’écran falsifiées, Mediapart n’a pas simplement rassemblé des images de discussions. L’enquête repose sur une démarche permise par le droit européen : l’exercice du droit d’accès aux données personnelles. Un interlocuteur ayant échangé avec Jordan Bardella sur Facebook Messenger a directement demandé à la firme américaine la restitution de son historique complet d’activités.
Meta a ainsi généré de manière automatisée un fichier contenant l’intégralité des discussions archivées de cet utilisateur, incluant les messages échangés il y a plus de dix ans. Le document émanant directement des serveurs de l’entreprise californienne, l’hypothèse d’une modification manuelle du fichier devient techniquement très faible. Pour renforcer la valeur juridique de cette preuve, l’extraction de ces données a été formellement certifiée par un commissaire de justice le 29 septembre.
Les limites techniques et l’authentification des conversations
Sur le plan technique, cette démarche met en lumière le fonctionnement de la conservation des données sur les messageries instantanées. En 2013, Facebook Messenger ne déployait pas de chiffrement de bout en bout par défaut. Toutefois, même si un protocole de chiffrement avait été actif, la méthode d’extraction serait restée efficace. En effet, le chiffrement protège les échanges contre des tiers, mais n’empêche jamais les participants d’une conversation d’accéder à leurs propres historiques et de les télécharger.
Cependant, l’authenticité technique d’un fichier d’archive ne suffit pas à elle seule pour attribuer formellement un compte à un individu. Pour établir que le profil Messenger appartenait bien au dirigeant politique à l’époque, Mediapart indique avoir recoupé les éléments textuels des conversations avec des événements publics et avoir consulté dix-huit sources distinctes afin d’étayer son travail d’investigation.
Une bataille judiciaire autour de la preuve numérique
Malgré ces précisions techniques et méthodologiques, Jordan Bardella conteste fermement la véracité de ces écrits. Affirmant n’avoir jamais tenu de tels propos en public comme en privé, il dénonce des montages grossiers. Après une première plainte pour diffamation, le député européen a annoncé une seconde procédure judiciaire pour faux et usage de faux, renvoyant l’évaluation finale des pièces au jugement des tribunaux.
Au-delà de la polémique politique, cette affaire illustre la persistance de l’empreinte numérique sur internet. Un message envoyé sur un service en ligne échappe au contrôle exclusif de son expéditeur dès lors qu’il est réceptionné par un tiers. Tant que le destinataire conserve son compte ou sollicite une copie de ses données personnelles auprès de l’hébergeur, des échanges anciens peuvent être restitués dans leur format d’origine, plusieurs années après leur rédaction.