Une commission de 37 experts internationaux réunie au sein de la revue The Lancet a dressé la liste des 17 plus grandes menaces pesant sur l’humanité d’ici la fin du siècle. S’appuyant sur les données de l’Institute for Health Metrics and Evaluation dans 204 pays, ces chercheurs ont identifié deux périls majeurs capables d’entraîner l’extinction de l’espèce humaine avant 2100 : l’utilisation malveillante de l’intelligence artificielle et un conflit nucléaire global.
L’indicateur AVAI pour quantifier le coût humain des crises
Pour comparer objectivement des risques de natures très différentes, la commission s’est appuyée sur l’indicateur épidémiologique des années de vie ajustées sur l’incapacité (AVAI). Cet outil combine la perte d’années liée à un décès prématuré et le temps vécu avec une maladie ou un handicap. En additionnant ces facteurs, les chercheurs évaluent le préjudice global subi par une population sur une période donnée.
Pour rendre cette mesure plus concrète, les auteurs l’ont comparée à la crise sanitaire du COVID-19, estimée à environ 500 millions d’AVAI. Chacune des 17 menaces sélectionnées par l’étude dépasse le seuil du milliard d’AVAI. Cela signifie que chaque danger répertorié est susceptible d’engendrer des dommages au moins deux fois supérieurs à ceux causés par la dernière pandémie mondiale.
L’intelligence artificielle au service des armes biologiques
Parmi l’ensemble des risques étudiés, l’usage détourné de l’intelligence artificielle occupe la première place des menaces à potentiel d’extinction. Les scientifiques écartent l’hypothèse de science-fiction d’une prise de contrôle autonome par des machines pour se concentrer sur un danger bien réel : la conception d’armes biologiques par des algorithmes d’optimisation.
En analysant des structures moléculaires et génétiques, des modèles avancés d’IA pourraient permettre de fabriquer des agents pathogènes particulièrement virulents. Ces virus ou bactéries de synthèse seraient capables d’échapper complètement aux vaccins et aux traitements médicaux existants. La possibilité de voir des technologies comme les agents autonomes détournées vers la prolifération biologique inquiète déjà les éditeurs de modèles de langage et les spécialistes du secteur.
La famine nucléaire, une menace pour la chaîne alimentaire
Le second risque d’extinction identifié concerne un affrontement armé nucléaire. Au-delà des destructions immédiates causées par les explosions, les chercheurs mettent en garde contre le phénomène de famine nucléaire. La projection de millions de tonnes de cendres et de suie dans la haute atmosphère bloquerait le rayonnement solaire pendant plusieurs années.
Cet obscurcissement provoquerait une chute drastique des températures mondiales et l’effondrement des récoltes agricoles à l’échelle de la planète. Les populations situées en dehors des zones de conflit direct seraient ainsi les premières victimes d’une rupture totale de la sécurité alimentaire mondiale.
L’irréversibilité comme critère majeur de dangerosité
Si la commission Lancet a placé l’IA malveillante et la guerre nucléaire au sommet de sa pyramide des risques, c’est en raison de leur caractère irréversible. Les grandes pandémies ou les conflits armés du passé ont toujours laissé des survivants en mesure de reconstruire des institutions et de gérer l’après-crise.
Dans le cas d’un hiver nucléaire ou d’une pandémie synthétique incontrôlable, la structure même des sociétés humaines s’effondrerait. L’absence de possibilité de réorganisation après l’événement distingue ces deux menaces de toutes les autres. Les chercheurs soulignent que l’anticipation et la coopération internationale restent les seuls moyens de prévenir ces scénarios destructeurs.