Dans le cadre du projet de rachat de SFR évalué à plus de 20,3 milliards d’euros, la tension sociale monte d’un cran. Les comités sociaux et économiques de l’opérateur et de ses filiales ont décidé d’assigner en justice le trio d’acquéreurs formé par Orange, Free et Bouygues Telecom, ainsi que le vendeur Altice. Les représentants du personnel exigent la communication immédiate de documents confidentiels détaillant l’impact réel de ce démantèlement sur l’emploi.
Une procédure judiciaire accélérée face au flou des repreneurs
Alors que les comités sociaux et économiques d’Orange, Free et Bouygues Telecom ont déjà rendu leur avis sur l’opération, les élus de SFR, SFR Distribution et Coriolis refusent de se prononcer en l’état. Estimant manquer d’informations cruciales pour évaluer l’avenir des équipes, les CSE ont engagé une action en référé contre les trois membres du consortium acquéreur.
Les représentants des salariés demandent un accès transparent à une série de documents stratégiques afin de mesurer précisément les conséquences de l’accord. Parmi les pièces réclamées figurent :
- Les projets d’accords conclus entre Orange, Free et Bouygues Telecom pour se répartir les actifs.
- La modélisation détaillée des synergies financières et opérationnelles envisagées.
- L’estimation chiffrée des suppressions de postes, ventilée par fonction et par site géographique.
- Les plans de rationalisation des prestataires et les coûts d’intégration des structures.
Afin de contraindre les entreprises concernées à transmettre ces données, les comités d’entreprise réclament l’application d’une astreinte financière de 10 000 euros par jour de retard et par document manquant.
L’ombre d’une casse sociale massive sur les 8 000 salariés
Au cœur des inquiétudes figure une estimation particulièrement lourde : plus de 5 000 salariés sur les 8 000 que compte le groupe risquent de ne pas être conservés par le consortium. L’assignation déposée par les représentants dénonce la destruction prévisible de milliers d’emplois, tout en soulignant l’ironie de la situation : de nombreux collaborateurs devront travailler à la migration des actifs et à l’extinction de leur propre entreprise sans certitude sur leur avenir.
Les élus déplorent l’absence totale de mesures d’accompagnement social ou de garanties fermes sur le maintien des postes, provoquant d’importants risques psychosociaux chez le personnel. La situation est tout aussi tendue du côté d’ERT Technologies, filiale de SFR spécialisée dans les réseaux télécoms. Ses 1 300 employés se retrouvent totalement hors du périmètre de rachat, poussant leur propre CSE à préparer une assignation en justice contre la direction.
La direction temporise face à la mobilisation syndicale
Face à cette offensive judiciaire, Arthur Dreyfuss, PDG d’Altice France, et Mathieu Cocq, PDG de SFR, tentent de rassurer les équipes. Dans une communication interne, la direction indique avoir répondu à plus de 500 questions et partagé près de 600 documents, complétés par 2 000 pages d’informations fournies par le trio de repreneurs.
Afin de prolonger le dialogue, la date limite de la procédure d’information-consultation des instances du personnel a été repoussée du 11 septembre au 6 octobre, avec la promesse d’un point d’étape tous les quinze jours. Cette concession n’a toutefois pas apaisé les inquiétudes des représentants des travailleurs, qui ont maintenu leur appel à une demi-journée de grève le 24 septembre.