La Direction générale de l’armement (DGA) a officialisé la livraison des premières turbomachines de char Leclerc rénovées par l’Atelier industriel de l’aéronautique (AIA) de Bordeaux. Prises en charge par le Service industriel de l’aéronautique (SIAé), ces pièces essentielles du blindé français ont été remises en état en avance sur le calendrier initial. Ce transfert de compétence vers une structure publique permet d’assurer le maintien en condition opérationnelle du char tout en réduisant les coûts pour l’État.
Une technologie aéronautique au service du moteur Hyperbar
Le char Leclerc s’appuie sur une motorisation particulièrement complexe baptisée Hyperbar. Ce système associe un moteur diesel V8X-1500 de 1 500 chevaux à une turbomachine spécifique, la TM-307B, conçue à l’origine par Safran Helicopter Engines. Son rôle principal consiste à suralimenter le moteur principal en air comprimé pour offrir des accélérations fulgurantes à un véhicule de près de 60 tonnes.
Outre cette fonction de suralimentation, la turbine sert également de groupe auxiliaire de puissance quand le moteur principal est arrêté. Elle fournit l’énergie électrique indispensable aux systèmes embarqués du blindé sans consommer de grands volumes de carburant, sur le même principe que les générateurs utilisés sur les avions de ligne au sol. C’est précisément cette filiation technologique avec l’aviation qui a motivé le recours à des spécialistes du secteur aéronautique.
Un choix stratégique et économique pour le ministère des Armées
Pour pérenniser la maintenance lourde de ces composants essentiels, la DGA avait initialement mis en concurrence les industriels KNDS et Safran avec les structures spécialisées du ministère des Armées. En juillet 2023, la décision a été prise de confier les révisions de niveau technique d’intervention 3 (NTI3) au SIAé, Safran restant associé comme sous-traitant. Cette formule s’est avérée financièrement plus avantageuse que les devis présentés par le secteur privé.
Les deux premiers exemplaires traités à Bordeaux ont retrouvé leurs performances d’origine à l’issue des tests sur banc d’essai. Le suivi des opérations passe désormais sous le contrôle de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT), qui devra encadrer la montée en puissance de l’atelier bordelais.
Cap sur la modernisation XLR du parc Leclerc
Cette réorganisation industrielle s’inscrit dans un programme plus vaste visant à prolonger la durée de vie du char Leclerc jusqu’aux années 2037-2038. Sur l’ensemble de la flotte, 200 exemplaires sont en cours de rénovation pour passer au standard XLR, une version adaptée aux exigences de la guerre moderne et du combat interconnecté.
L’atelier de Bordeaux prévoit d’atteindre sa vitesse de croisière d’ici 2027 avec un objectif fixé à 25 turbomachines révisées par an. La maîtrise interne de cette chaîne logistique garantit à l’armée de Terre une souveraineté technique cruciale et une meilleure disponibilité de ses blindés de combat.