Le roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien, encensé par la critique et retenu dans la première sélection des plus grands prix littéraires français, se retrouve au cœur d’une vive polémique. Soupçonné d’avoir été rédigé à l’aide d’une intelligence artificielle générative, l’ouvrage a été officiellement exclu de la sélection du prestigieux prix Goncourt. Cette décision inédite secoue l’écosystème du livre et relance les débats sur l’impact des technologies de génération de texte dans la création littéraire.
Une suspicion d’écriture automatisée confirmée par l’Académie
L’affaire a éclaté à la suite de révélations diffusées par le compte anonyme « Balance ton Claude ». Des analyses effectuées sur le logiciel américain Pangram, spécialisé dans l’identification de textes synthétiques, ont attribué un score de 100 % d’origine artificielle à une vingtaine d’extraits du livre. Dans la foulée, le site spécialisé ActuaLitté a repéré sur le site personnel de l’auteur une consigne d’écriture typique d’un prompt destiné à ChatGPT.
Bien que l’auteur et son éditeur français défendent l’authenticité du récit en invoquant un travail entamé dès 2017, la presse canadienne a révélé d’anciens cas de plagiat dans des articles publiés par le passé. L’Académie Goncourt a tranché le 25 septembre en retirant le livre de sa liste, déclarant vouloir préserver l’intégrité de la compétition et estimant, sur la foi d’analyses convergentes, que l’œuvre s’appuyait de manière très importante sur l’intelligence artificielle.
Entre contestation des outils et contradictions de l’édition
Le retrait du roman a suscité une vive division dans le milieu littéraire. Plusieurs personnalités du secteur ont publiquement contesté la fiabilité des outils de détection d’IA. Une vérification menée par l’AFP sur huit logiciels différents a d’ailleurs révélé des conclusions profondément divergentes sur les mêmes extraits, allant de la certitude d’un texte humain à celle d’un contenu généré par machine. Des chercheurs rappellent qu’aucun outil actuel ne peut garantir une certitude absolue en la matière.
Cette controverse met néanmoins en évidence un paradoxe au sein du marché de l’édition. Alors que l’utilisation de l’IA par les écrivains est vivement critiquée, de nombreuses maisons utilisent déjà des solutions algorithmiques pour analyser les manuscrits soumis :
- Manuscript AI : un outil attribuant une note commerciale aux textes à partir de données de best-sellers.
- Iris : une plateforme évaluant les manuscrits selon une trentaine de critères spécifiques.
- Inkitt : un système analysant les comportements de lecture pour repérer les succès futurs.
Une prise de conscience pour les acteurs du livre
Cet épisode montre à quel point les modèles de langage ont progressé dans la maîtrise du style et de la syntaxe en langue française. Qu’il s’agisse d’une véritable rédaction automatisée ou d’une erreur d’interprétation des logiciels de contrôle, l’affaire oblige les comités de lecture, les jurys et les éditeurs à repenser leurs méthodes d’évaluation et de vérification des œuvres.