Alors que l’adoption des véhicules électriques s’accélère, les recettes fiscales issues de la taxation des carburants fossiles enregistrent une baisse inévitable. Pour compenser ce manque à gagner, plusieurs nations instaurent des redevances basées sur la distance parcourue, une piste également étudiée par les autorités françaises.
Plusieurs pays appliquent déjà la taxation à la distance
La Nouvelle-Zélande a intégré les véhicules électriques dans son système de redevance routière dès avril 2024. Les conducteurs y achètent des droits de rouler par tranches de 1 000 kilomètres, facturés environ 38 euros pour un modèle léger, avec un contrôle effectué lors des inspections techniques. De son côté, l’Islande a instauré un tarif au kilomètre d’environ 5 centimes d’euro, modulable selon le poids du véhicule, avant de l’étendre à l’ensemble du parc automobile début 2026.
Le Royaume-Uni s’apprête également à sauter le pas à partir d’avril 2028 avec la création de la taxe eVED. Elle imposera environ 2,2 centimes par kilomètre aux modèles 100 % électriques et la moitié aux hybrides rechargeables. À l’instar des dispositifs déjà en place dans certains États américains comme l’Oregon ou l’Utah, le suivi repose sur des déclarations périodiques et des vérifications mécaniques, sans obligation de boîtier GPS embarqué.
Le casse-tête du manque à gagner fiscal en France
En France, les taxes sur les carburants ont rapporté près de 24 milliards d’euros en 2024. Une transition complète vers l’électrique réduirait ces recettes à seulement 4 ou 5 milliards d’euros via la seule taxation de l’électricité. Selon les estimations de la Direction générale du Trésor, l’électrification du parc automobile pourrait ainsi provoquer un déficit fiscal de 13 milliards d’euros d’ici 2030, puis de 30 milliards d’euros à l’horizon 2050.
Bien qu’aucune mesure de ce type ne soit officiellement actée, la réflexion progresse parmi les institutions. En juin 2026, le Conseil des prélèvements obligatoires a toutefois souligné que l’instauration d’une taxe au kilomètre sur les véhicules particuliers se heurterait à des obstacles juridiques européens. L’organisme évoque plutôt des alternatives financières, telles qu’une taxe annuelle de détention d’environ 95 euros, une surtaxe à l’immatriculation ou un relevé de kilométrage lors du contrôle technique.
Des enjeux d’équité et de vie privée
Le principe d’une tarification au kilomètre vise à faire contribuer davantage les usagers qui sollicitent le plus le réseau routier. Cependant, cette méthode soulève des inquiétudes quant à l’équité territoriale. Les conducteurs résidant en milieu rural, dépourvus de réseaux de transports en commun adaptés, subiraient un surcoût financier par rapport aux citoyens urbains disposant d’alternatives de mobilité.
L’application d’une telle fiscalité pose aussi des questions techniques et éthiques. Pour adapter le tarif selon les heures de circulation ou la densité du trafic, l’utilisation de balises GPS s’avérerait nécessaire, ce qui souleverait des débats sur le respect de la vie privée. Ces exemples internationaux démontrent néanmoins que la démocratisation des véhicules électriques s’accompagnera à terme d’une révision globale de la fiscalité automobile.